Interviews

Retrouvez ici les interviews des acteurs du programme :

Trois questions posées à Christine Riotte, Vice-Présidente du Conseil Départemental (Jura 39)

A ce jour, 46 projets se déroulant pour partie ou totalité dans l’Arc Jurassien, sont soutenus par le programme Interreg. Comment expliquez-vous ce dynamisme ?

Ce dynamisme s’appuie sur des projets essentiellement portés par les laboratoires de recherche des universités/écoles d’ingénieurs/hôpitaux de Besançon, Lausanne, Territoire de Belfort, etc. Ces établissements ont désormais des services dédiés au montage de projets européens et disposent donc d’une ingénierie formée et aguerrie aux projets de coopération; Au-delà de la capacité administrative, au sein de ces établissements, des partenariats techniques et scientifiques sont désormais bien installés. Ces partenariats et les projets qui en découlent sont essentiels pour le développement économique de nos territoires. Grâce aux dynamiques de montage de projets, de partage de compétences,  créés par les co-financements Interreg, le programme apporte une véritable plus-value scientifique et économique, bénéfique pour l’ensemble de l’Arc Jurassien.

Il reste toutefois des marges de progrès pour faire émerger des projets de coopération portés par (ou au sein) de territoires ruraux. Les Départements, comme les cantons, en tant que collectivités intermédiaires, de 1er niveau, ont un véritable rôle à jouer pour valoriser et informer sur interreg au sein de ces territoires.

Quelles opportunités le programme Interreg représente-t-il afin de valoriser la frontière commune entre le département du Jura et la Suisse ?

Pour le département du Jura, la principale opportunité du programme Interreg est touristique. Le massif jurassien franco-suisse est un territoire qui a l’avantage de disposer d’une offre touristique « 4 saisons ». Cette offre multiple a généré une économie touristique dynamique, créatrice d’emplois. Dans un contexte de concurrence mondialisée entre « massifs », pouvoir s’appuyer sur une communication « France-Suisse » est une opportunité à développer. Cette communication doit être matérialisée, visible sur le terrain. Les projets Interreg permettent donc d’illustrer concrètement cet avantage concurrentiel. A titre d’exemple, le projet « Sur la trace des explorateurs » a permis de créer une offre touristique commune entre deux sites et proposer ainsi un produit touristique original. Le projet « Echappée jurassienne » qui valorise la randonnée sur le massif «habille» et « met en lumière » très judicieusement, une offre de randonnée déjà présente de part et d’autre de la frontière.

Le programme Interreg a permis d’exploiter d’autres opportunités notamment autour des problématiques de transports. Les projets portés par le PNR du Haut-Jura sur le co-voiturage ont permis d’engager la réflexion et de créer de nouvelles habitudes de déplacements. Il faudra poursuivre ce travail dans le futur programme 2021-2027.

Quels sont vos conseils pour réussir un projet de partenariat Franco-Suisse ?

La réussite d’un partenariat Franco-Suisse est un juste dosage entre des compétences techniques, administratives et une bonne dose d’envie. Lorsque des porteurs de projet se retrouvent autour d’une idée, d’une envie, d’un projet, il est évident que le partenariat sera constructif.

Ensuite, si les partenaires souhaitent bénéficier de financements Interreg, il est préférable qu’ils soient accompagnés. Dans ce contexte, nos collectivités de proximité grâce à l’ingénierie administrative qu’elles proposent, rassurent et permettent souvent aux porteurs de projets, si le projet est mûr, d’oser se lancer. Il faut avant tout que les porteurs de projets prennent confiance au démarrage du projet, qu’ils se sentent soutenus et accompagnés.

Enfin, si l’envie, l’échange de compétence et la qualité du projet sont au rendez-vous, le montage d’un projet Interreg est un outil essentiel pour donner « corps » au partenariat.

Trois questions posées à Olivier Curty, conseiller d’Etat du canton de Fribourg.

Le canton de Fribourg, sans frontière commune avec la France, a rejoint en 2015 les autres cantons romands au sein du programme Interreg. Dans quelle mesure le programme participe à l’émergence de projets transfrontaliers qui font sens pour le territoire?

 En sélectionnant les projets Interreg en fonction des objectifs de notre programme de mise en œuvre pluriannuel, il nous est possible d’affirmer que ceux-ci font du sens pour le territoire et  engendrent  des retombées économiques. Les projets transfrontaliers que le canton de Fribourg soutient doivent être innovants, créer de la valeur et avoir des instituts de formation et des entreprises fribourgeoises comme partenaires, dans les domaines de l’industrie et du tourisme. A nos yeux, c’est ainsi que les projets trouvent un ancrage dans le territoire.

Le canton participe financièrement à 8 projets Interreg France Suisse impliquant plus d’une dizaine d’acteurs fribourgeois. Quels sont les éléments prioritaires en matière de développement régional ?

 Les éléments prioritaires de notre développement régional  sont l’innovation business et l’innovation touristique. L’innovation doit permettre de renforcer la compétitivité des entreprises et développer et améliorer la qualité des produits touristiques. Les 8 projets œuvrent dans ce sens.

Quels sont vos conseils pour réussir un projet de partenariat franco-suisse ?

Volonté, patience et flexibilité : pour réussir un projet de partenariat franco-suisse, il est important d’être sûr de l’utilité du projet, d’être prêt à s’engager pour sa réussite et d’être conscient de la complexité des projets. Les projets transfrontaliers mettent à jour les différences et les points communs entre nos cultures suisses et françaises, la réussite dépend de notre capacité à nous entendre et à tendre vers un même objectif.

Trois questions posées à Pierre Simon, vice-président du département du Doubs en charge de l’insertion et du tourisme.

Un tiers des projets actuellement programmés sont portés, côté français, par des structures implantées dans le département du Doubs. Comment expliquez-vous ce dynamisme ?

Sur les 22 projets en question, la moitié a été déposée par les trois Etablissements publics d’enseignement supérieur et de recherche présents sur notre territoire. Le Doubs est le département de l’Arc Jurassien qui propose l’offre universitaire et de recherche la plus diversifiée (ex : santé, micro mécanique, préservation et l’aménagement des espaces, etc.). Ce qui multiplie les projets et les coopérations économiques et académiques. Le Doubs peut s’appuyer également sur un patrimoine humain et naturel reconnu bien au-delà de ses frontières, et largement partagé avec la Suisse, pour développer des projets de valorisation touristique fédérateurs comme sur le thème du sel avec la Saline d’Arc et Senans.

Le département du Doubs partage 170 km de frontière commune avec la Suisse. Quelles opportunités le programme Interreg représente-t-il afin de valoriser cet atout ?

C’est en effet le Doubs qui possède la plus longue frontière avec la Suisse. Cette séparation se matérialise à la fois physiquement dans sa géographie de reliefs, de cours d’eau et de forêts, mais aussi au travers des espaces de vie et d’activités divisés entre les deux Etats. Le programme Interreg constitue alors un outil indispensable pour établir du lien et rapprocher les hommes tout en contribuant à préserver et à mettre en valeur ce paysage caractéristique. Ainsi, dans ces conditions, plus la frontière est longue, plus les contraintes et leurs complexités représentent des opportunités de projets pour tirer parti de la frontière ou d’en réduire les impacts selon l’intérêt du territoire.

Quels sont vos conseils pour réussir un projet de partenariat franco-suisse ?

Différents éléments sont gages de réussite d’un projet :

A partir d’un besoin partagé, l’identification et le choix des partenaires compétents de part et d’autre de la frontière est déterminant. En effet, il apparait qu’un montage administratif et technique n’est pas toujours suffisant. Ainsi, un portage politique du projet est essentiel. Le volet financier n’arrive qu’en dernier.

Apprenons à développer le « vivre ensemble » autour de cette entité, ayons le réflexe, la curiosité d’aller voir ce qui se passe de l’autre côté… c’est en cela qu’Interreg est un outil important pour nos territoires.

Pour conclure, je dirai qu’« un bon projet trouve toujours les moyens financiers pour se concrétiser

Trois questions posées à Mme Duby-Muller, vice-présidente du Conseil départemental de Haute-Savoie. Mai 2017

Comment le conseil départemental accompagne-t-il les projets pour le montage et le suivi des projets?

Le Département de la Haute-Savoie intervient en matière d’accompagnement des porteurs de projet européens, qu’ils soient transfrontaliers ou régionaux. C’est le service des affaires régionales, européennes et de la coopération transfrontalière, composé d’une dizaine de personnes,  qui assure l’accompagnement et le suivi des porteurs de projets européens. Concrètement, le Département accompagne les porteurs dans toutes les phases du montage et de la réalisation des projets, notamment pour la recherche de partenaires et la mise en réseau. De plus, le Département cofinance de nombreux projets dès lors qu’ils s’inscrivent dans le champ des politiques départementales (Espaces Naturels Sensibles, Plan Tourisme, etc). Enfin, plus généralement, le Département de la Haute-Savoie a un rôle important en matière de sensibilisation aux fonds européens par l’organisation régulière de réunions d’information et par l’animation du réseau Europe local.

Quels conseils donnez-vous aux porteurs de projet pour réussir un partenariat franco-suisse?

Il ne faut pas négliger la phase de montage du projet, qui nécessite en général plus de 6 mois de préparation. Il est conseillé aux porteurs de projets de se rapprocher, très en amont, des services en charge des affaires européennes de leur territoire et des secrétariats conjoints du programme afin qu’ils bénéficient de leur expertise et de leurs conseils. Il faut aussi être conscient que bien que nous parlions la même langue entre la France et la Suisse romande, il existe parfois des organisations et des habitudes de travail différentes. Il est donc nécessaire de prendre le temps de se connaître en amont afin que le projet se déroule sereinement. Il faut aussi s’assurer que la volonté de réaliser le projet est aussi forte d’un côté de la frontière que de l’autre. La plus-value transfrontalière dans les actions projetées doit aussi être réelle et évidente. Il ne s’agit pas de compiler deux projets indépendants mais bien de co-construire une stratégie et des actions avec les partenaires.

Avec 28% des bénéficiaires du FEDER du programme, la Haute-Savoie est l’un des territoires les plus dynamiques. Comment l’expliquez-vous?

Il y a une culture ancienne de la coopération en Haute-Savoie. De par notre histoire et les enjeux actuels transfrontaliers, nous sommes habitués à regarder au-delà des frontières, que ce soit vers la Suisse ou l’Italie. Nous avons également la chance d’avoir en Haute-Savoie une multitude d’acteurs dynamiques dans tous les domaines couverts par le programme : la recherche, l’innovation, la culture, l’environnement ou les transports par exemple. De plus,  je suis convaincue que la politique d’accompagnement du Département de la Haute-Savoie a un réel effet levier auprès des porteurs. Enfin, il ne faut pas oublier les instances de coopération transfrontalières du Bassin Lémanique parallèles au programme Interreg, comme le Conseil du Léman, qui permettent d’amorcer des dynamiques d’échanges qui peuvent faire émerger par la suite des projets Interreg France-Suisse.