À l’occasion d’Octobre Rose, retour sur le projet SBra, soutenu par Interreg France-Suisse, qui visait à développer un soutien-gorge connecté innovant pour contribuer au dépistage précoce du cancer du sein.
La Dr Christine Devalland, cheffe du service d’anatomie pathologique et cheffe du pôle de cancérologie à l’Hôpital Nord Franche-Comté, revient sur le projet, ses avancées et ses perspectives. Elle était cheffe de file pour la partie française du projet SBra.
Pouvez-vous rappeler en quelques mots ce qu’était le projet SBra et à quel besoin il cherchait à répondre ?
Le projet SBra était un projet collaboratif réunissant des équipes françaises et suisses. L’objectif était de développer un prototype de soutien-gorge portable et connecté, intégrant des sondes de température et des électrodes capables de mesurer la température et les caractéristiques électriques des tissus du sein. Ces données devaient permettre d’identifier d’éventuelles anomalies.
Les performances du dispositif devaient ensuite être évaluées dans le cadre d’une étude clinique, mais aussi à travers l’étude de son acceptabilité par les patientes et des conditions nécessaires à son utilisation au quotidien.
Les résultats des essais cliniques devaient permettre de fournir une base de données pour développer et implanter des algorithmes capables d’analyser intelligemment les données recueillies par le dispositif.
Le projet SBra est aujourd’hui terminé. Quels sont les principaux résultats obtenus et qu’est-ce qui a concrètement changé grâce aux travaux menés dans le cadre du projet ?
Le projet SBra a démontré que le défi était majeur et complexe. Il a organisé un travail pluridisciplinaire entre experts en intelligence artificielle, en micro-capteurs, médecins, sociologies et philosophes.
Les analyses transversales réalisées par ce groupe ont permis de déterminer un projet différent, cohérent, adapté aux demandes des patientes et compatible avec les données scientifiques actualisées. Il a démontré tout l’intérêt de l’interdisciplinarité entre les sciences médicales, les sciences pour l’ingénieur et les sciences humaines et sociales.
Depuis la fin du projet, quelles suites ont été données aux travaux ? Où en sont aujourd’hui vos recherches et quelles sont les prochaines étapes ?
Depuis, les équipes de SUPMICROTECH-ENSMM et de l’institut FEMTO-ST, avec le Pr Noureddine Zerhouni et Mme Zeina Al Masry, en collaboration avec l’Hôpital Nord Franche-Comté, ont travaillé sur le projet Bra Connect : un soutien-gorge connecté pour la détection précoce du cancer du sein, équipé uniquement de capteurs thermiques avec un modèle d’intelligence artificielle associé. Une thèse intitulée « Caractérisation et modélisation de données de capteurs pour la détection d’anomalies mammaires » a été financée par le Grand Besançon Métropole.
Les premiers essais cliniques dits « essais de type pilote » sont terminés. Ils ont eu lieu à l’Hôpital Nord Franche-Comté et à l’ICANS (Strasbourg) avec le Pr. Mathelin. Le modèle a été validé et les résultats sont en cours de publication. À l’avenir, des essais complémentaires devront être menés à plus grande échelle afin de poursuivre la validation. Un brevet a également été déposé.
SBra reposait sur une collaboration entre des acteurs français et suisses. Qu’est-ce que cette coopération transfrontalière a apporté au projet et à vos recherches ?
Cette collaboration a été passionnante avec de vrais échanges scientifiques, une rigueur et une stimulation intellectuelle évidente grâce à nos nombreuses discussions.
Qu’a permis concrètement le soutien financier d’Interreg France-Suisse ? Sans ce soutien, qu’est-ce qui aurait été différent pour le projet ?
Sans le soutien à SBra, Bra Connect n’existerait pas. Les projets de recherche et d’innovation ont besoin de temps pour mûrir, alors même qu’il est souvent difficile d’obtenir des financements avant d’avoir démontré leur potentiel. La recherche a besoin de soutien tel que celui du programme Interreg France-Suisse qui accompagne des projets exploratoires et innovants dès leurs débuts. Je remercie Interreg qui a fait le pari de la réussite et a eu raison de nous faire confiance.
À terme, qu’est-ce que les avancées du projet SBra et Bra Connect pourraient changer pour le dépistage et la prise en charge du cancer du sein ?
Je crois vraiment en ce nouveau dispositif portable et simple d’utilisation, qui va permettre aux femmes de bénéficier plus facilement du dépistage du cancer du sein. C’est un dispositif non contraignant, sans risque, qui pourra être utilisé dans des cabinets médicaux sans nécessiter de structure lourde. L’avenir est à un usage décentralisé. Il pourra répondre aux difficultés d’accès aux soins que nous rencontrons et être également utile dans des pays qui ne disposent pas d’une offre de dépistage organisé du cancer du sein.
Ces appels à projets peuvent vous intéresser